Le jardin d'ornement en Provence
Jardiner en Provence, ce n'est pas tout à fait comme jardiner dans le nord de la France. Le climat méditerranéen impose ses règles : des étés longs et secs, un ensoleillement généreux qui dépasse 2 800 heures par an, un mistral qui dessèche les feuillages en quelques heures et des sols souvent calcaires, drainants, parfois caillouteux. Ces contraintes sont aussi une chance. Elles permettent de cultiver une palette végétale que beaucoup de jardiniers nous envient : lavandes, bougainvilliers, lauriers roses, oliviers, jasmin étoilé, agapanthes, cistes, romarins.
Le choix des plantes adaptées est la clé d'un jardin réussi sous ce climat. Une plante méditerranéenne bien installée demande peu d'eau, résiste à la chaleur et se passe souvent de traitement. À l'inverse, une plante inadaptée, un hortensia planté en plein soleil calcaire par exemple, va souffrir, jaunir et réclamer des soins constants pour un résultat médiocre. Le bon sens du jardinier provençal, c'est de travailler avec le climat et non contre lui.
Le sol calcaire des Bouches-du-Rhône convient parfaitement aux plantes de garrigue et aux essences méditerranéennes. La lavande, le romarin, la santoline, le ciste, la sauge, le thym s'y plaisent naturellement. Pour les plantes qui préfèrent un sol acide, camélia, azalée, rhododendron, il faut aménager des poches de terre de bruyère ou les cultiver en pot avec un substrat adapté. Le drainage naturel du sol calcaire est un avantage pour toutes les plantes qui craignent l'humidité stagnante au niveau des racines.
La résistance à la sécheresse est un critère de sélection majeur. Les plantes à feuillage gris ou argenté (lavande, santoline, artémise) ont développé des stratégies naturelles pour limiter l'évaporation. Les plantes à feuillage coriace et vernissé (laurier rose, pittosporum, éléagnus) conservent bien leur eau. Les succulentes et les cactées sont évidemment chez elles en Provence. En revanche, les annuelles gourmandes en eau, impatiens ou bégonias, ne survivent que sous perfusion d'arrosage automatique.
Les quatre saisons du jardin provençal
Le jardin en Provence ne suit pas le rythme classique du jardinage français. Le printemps commence tôt, dès février, avec la floraison des amandiers et du mimosa. L'été est une période de repos forcé où l'on plante peu et où l'on arrose beaucoup. L'automne, à partir de septembre, est la vraie saison de plantation : les températures baissent, les premières pluies arrivent, les racines s'installent tranquillement avant l'hiver. L'hiver provençal est doux et court, idéal pour planter les arbres et arbustes en racines nues.
Ce décalage change toute la logique du calendrier. Les plantations de vivaces méditerranéennes se font idéalement en octobre-novembre, pas au printemps comme on le lit souvent dans les livres écrits pour le climat parisien. En plantant à l'automne, les racines profitent des pluies hivernales pour s'installer. Au premier été, la plante est déjà enracinée et résiste bien mieux à la sécheresse.
Le paillage, geste essentiel
En Provence, le paillage n'est pas une option. C'est le geste qui fait la différence entre un jardin qui survit à l'été et un jardin qui souffre. Une couche de 8 à 10 cm de paillis (broyat de branches, paillettes de lin, écorces de pin) réduit l'évaporation de 40 à 60 %, limite le désherbage et maintient la fraîcheur du sol. Le paillage minéral, gravier ou pouzzolane, convient parfaitement aux massifs de plantes méditerranéennes et aux rocailles. Il ne se décompose pas, ne s'envole pas au mistral et donne un aspect naturel très réussi.